Sécurité routière des professionnels de santé : le point de vue de l’expert

Régis LACROIX est un Consultant Sham, expert en sécurité routière. Ancien Directeur régional de l'Automobile Club Prévention de Lyon, il a animé et encadré des équipes de formateurs, des stages de sécurité routière en entreprise, sur route, en salle et de conduite sur piste. Pour le compte de Sham, il contribue à la mise en place d'actions spécifiques sur le risque automobile dans différentes structures hospitalières, des formations de référents sécurité routière, de conducteurs multi-accidentés, de bilans de conduite et d'autres formations personnalisées basées sur des analyses de risques. Fort de ces expériences, Régis LACROIX nous livre ici son point de vue sur les enjeux et les moyens à mettre en œuvre pour une meilleure sécurisation lors de l'utilisation de véhicule dans le cadre des activités des professionnels de santé.

Lacroix Régis
   

Sham : On pense souvent, à tort, que les accidents de la route n'arrivent qu'aux autres, quels sont les chiffres marquants que vous pouvez nous donner ?

RL : Effectivement, chaque conducteur doit se sentir concerné car chacun peut agir à son niveau pour réduire le nombre d'accidents de la route. Il faut préciser sur ce point qu'en 2011, il y a eu en France 3970 morts sur nos routes. Ce chiffre, en baisse constante sur les dix dernières années, doit malgré tout continuer à baisser grâce à des actions individuelles et collectives.

Carsat (ex CRAM) nous précise que 50% des accidents mortels du travail le sont lors d’un déplacement professionnel ou lors du trajet domicile/ travail. L’entreprise a donc un rôle essentiel dans la prévention des accidents de la route. C’est pourquoi ce risque ainsi que les actions pour y remédier, doivent-être inscrits dans le document unique obligatoire depuis le 5 Novembre 2003.

Sham : Quels sont les accidents les plus fréquemment rencontrés et pour lesquels il existe des moyens d'évitabilité ?

RL : On peut dire que dans 90% des accidents de la route, c’est le comportement des conducteurs qui est en cause.
Dans le cadre de l’activité hospitalière, les accidents que j’ai le plus souvent recensés sont les chocs avant, dus au non-respect des distances de sécurité avec le véhicule de devant, ainsi que les arrivées et départs d’un stationnement. Ces 2 types d’accidents sont 100% responsables, mais aussi 100% évitable.

Sham : Comment commence une mission lorsque que nous sollicitons votre intervention ?

RL : L'analyse de la sinistralité du risque automobile constitue classiquement le point de départ avant toute mission au sein d'un établissement de santé. Les données chiffrées, détenues par les assureurs tels que Sham apportent déjà un bon éclairage sur des aspects de coûts et de fréquence.
Les données issues de cette analyse sont essentielles avant la mise en place d’actions. En effet, afin d’obtenir un retour de la formation, il faut connaitre les causes qui ont amené à cette sinistralité et ainsi proposer des formations en lien direct avec cette typologie qui tient compte des spécificités du ou des métiers de l’entreprise, de sa culture, de son historique, etc... Notre rôle est de faire coller au mieux la formation aux exigences de chaque structure.

Sham : Est-il suffisant de se baser sur cette analyse purement rétrospective des accidents ?

RL : Non, cette analyse nous donne des renseignements précieux mais il se doit de les compléter par une étude de risques beaucoup plus fine visant à cartographier a priori, tous les cas de figures concernés par la gestion et l'utilisation des véhicules au sein de la structure. L'utilisation de la méthodologie CartoRisk® développée par Sham, vient ainsi apporter un angle de vue complémentaire sur des situations à risques pouvant générer des accidents. Certains manquements sont ainsi clairement mis en évidence et permettent d'y apporter des solutions qui auront un impact direct sur la criticité des risques évalués.
La cartographie des risques réunissant l’ensemble des acteurs de l’entreprise, permet d’avoir une vision plus exacte et plus rationnelle. De plus, c’est un outil évolutif qui permet de mettre à jour toute nouvelle action, que ce soit une action de formation ou un nouveau risque détecté. Sans cartographie, la subjectivité pourrait orienter vers des actions qui n’ont pas de lien direct avec la sinistralité de l’entreprise.

Sham : L'analyse des accidents et l'étude de risques a priori servent donc de portes d'entrée à vos missions qui sont ensuite suivies d'un programme de formation. Dans les grandes lignes, pouvez-vous nous indiquer en quoi consistent ces formations ?

RL : Plusieurs cas de figure sont envisageables. Les modalités de formation et les programmes sont systématiquement adaptés au contexte de l'établissement concerné. L'approche sera par exemple assez différente entre une structure d'HAD (Hospitalisation à domicile) et un gros centre hospitalier.
Les axes communs des sessions de formation tournent autour des principes de l'évitabilité permettant d'adopter une conduite préventive.
Les incontournables de la conduite automobile reposent sur le système VECOR (Véhicule, Environnement, Conducteur, Organisation, Règlementation) qui fixe le plan global des différentes actions de formation.
Par ailleurs, il est souvent utile de coupler des aspects théoriques à des exercices pratiques. Ainsi, l'analyse du comportement lors d'un accompagnement de trajet ou par des mises en situations sur simulateur permet aux conducteurs de mieux prendre conscience des conséquences de leur mode de conduite et de pouvoir y réagir plus efficacement. On peut même aller plus loin dans certains stages tels que l'éco-conduite qui en plus de l'objectif de prévention permet de rationaliser les coûts liés à l'utilisation des véhicules.

Sham : La notion de référent en sécurité routière est-elle importante selon vous ?

RL : Oui. Chacun sait qu'une formation a des effets souvent limités dans le temps. La venue d'un consultant spécialisé constitue un moment fort dans la réflexion menée autour de la prévention. Cependant, sa présence n'est que ponctuelle et après son départ le rôle de référents clairement identifiés devient un moyen de maintenir active cette démarche et d'assurer sa pérennité.
Ainsi, ces référents, censés être exemplaires, pourront continuer à faire vivre le plan d'action décidé par la structure en animant régulièrement des réunions à thèmes dont les sujets ne manquent pas.
Pour les aider dans cette mission, des documents de références leur sont remis ainsi que des adresses de sites internet spécialisés.

Sham : À titre d'illustration, pouvez-vous nous citer quelques actions qui ont été entreprises à la suite de vos missions ?

RL : Beaucoup de structures utilisent une flotte automobile sans avoir défini clairement l'organisation qui doit s'appliquer. On peut par exemple citer la vérification du permis de conduire, les procédures de prise de véhicule et de restitution ou encore les règles concernant le stationnement ou l'utilisation du téléphone. Une journée de sensibilisation avec des ateliers interactifs et ludiques est parfois un moyen de sensibiliser les conducteurs qu'ils soient professionnels ou non.

Sham : Globalement, comment sont perçues vos interventions dans les établissements de santé ?

RL : L'implication de la direction et du management est un signe fort de la volonté d'un établissement de renforcer la sécurité automobile. Il est plus que fréquent de voir intervenir un directeur qui d'ailleurs est lui-même concerné par le sujet. Il faut aussi souligner que je ne me positionne jamais comme donneur de leçon mais mon approche pédagogique vise avant tout à apporter des réponses concrètes aux stagiaires. La bonne humeur et la convivialité font également partie de mon approche en tant que formateur.

Sham : Comment pouvez-vous dire qu'une mission a été réussie ?

RL : On doit toujours rester prudent sur le succès d'une action de prévention telle que celles que nous menons, tant les facteurs sont multiples. Trois constats peuvent malgré tout servir d'indicateurs de bonne réussite.

  • Tout d'abord le suivi des données de la sinistralité qui fournissent une base de comparaison et de tendances.
  • L'élaboration et le suivi d'un plan d'amélioration basé sur des actions concrètes et planifiées permet de donner du poids et du sens à la démarche.
  • Et enfin l'animation menée par la suite en interne par le biais de personnes chargées de sensibiliser l'ensemble des professionnels.

Au final on peut affirmer que toutes les missions de prévention du risque automobile visent à étendre la culture de la sécurité et de prendre conscience que l'accident de la route n'est pas systématiquement une fatalité.

Propos recueillis le 10 mai 2012 par David FRITSCH.

11/06/12

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