Prétraitement des déchets infectieux dans les établissements de soins

Dans les établissements sanitaires et médico-sociaux, la thématique du développement durable se retrouve respectivement dans les certifications V2010-V2014 et l’évaluation externe. Elle incite notamment les directions à intégrer cet aspect dans leur projet stratégique et notamment à mieux gérer leurs déchets. Le prétraitement des DASRI(1) paraît être une des réponses à ces exigences mais qu’en est-il vraiment ?

Quelques chiffres

En 2015, le Baromètre du Développement Durable a été complété par plus de 600 établissements de soins. Le volume de déchets infectieux a encore augmenté cette année de près de 7 tonnes pour atteindre 236,9 tonnes par an.

Parmi les répondants, 63% pratiquent pourtant la réduction de leurs déchets à la source en priorisant leurs actions sur les DASRI. Savoir que leur traitement coûte 4 à 8 fois plus cher qu’un déchet ordinaire motivent les établissements d’autant plus compte tenu des restrictions budgétaires auxquels ces structures doivent faire face chaque année.

Lors du salon Pollutec de 2014, le focus sur « Hôpital et développement durable » a rappelé qu’en 2011, l’ADEME(2) estimait à 19% les DASRI prétraités par désinfection. Une augmentation du taux puisqu’en 2008, on n’en comptait que 15%.

En quoi consiste ce prétraitement et quel est son intérêt ?

L'article R.1335-8 du Code de la santé publique prévoit le recours à une technologie alternative à l'incinération des DASRI : le prétraitement par désinfection.

Une dizaine d’appareils sur le marché permettent de réaliser cette transformation et donc de traiter les DASRI dans l’enceinte de l’hôpital, la clinique ou les laboratoires d’analyse et de recherche. Pour cela, ces équipements répondent à la norme de référence en la matière : NF – X 30-503 et ont été validés par le Conseil Supérieur d’Hygiène Publique de France (CSHPF). Leurs implantations in situ ont également exigées d’être agréées par arrêté préfectoral via le CoDERST(3). La liste de ces machines est disponible et régulièrement actualisée sur le site de l’INRS(4) et dans la brochure ED918 .

Du fait de leur taille, les appareils sont souvent installés au niveau de la plateforme de déchets mais les plus récents, équivalents au gabarit d’un gros photocopieur, peuvent se retrouver dans un local au cœur des services de soins et donc au plus proche de la source. Leur capacité horaire de traitement varie entre 10 kg à 500 kg.

Le principe du process consiste en un broyage puis une désinfection chimique ou thermique des déchets infectieux. Une fois transformés, les déchets sont assimilés aux ordures ménagères et sont redirigés vers les centres de collecte standards. Ils ont ainsi perdu 80% de leur volume et jusqu’à 50% de leur masse totale.

Cette solution permet non seulement de réaliser des économies sur le traitement de ces déchets mais aussi de limiter les risques :

- liés au transport de déchets dangereux ;

- professionnels tels que infectieux (AES(5), infections), mécanique (coupure, piqûre…) ;

- psycho-émotionnel car le déchet n’est plus reconnaissable en tant que DASRI .

Les limites de ces appareils :

A l’heure d’aujourd’hui, une partie des DASRI ne peut pas encore être transformée par ces appareils. Il s’agit :

- des déchets susceptibles de renfermer des agents transmissibles non conventionnels (ATNC) ;
- des déchets liés à l’utilisation de médicaments cytostatiques et cytotoxiques ;
- des déchets susceptibles de nuire au bon fonctionnement des appareils de désinfection (ex : pièces métalliques de grande taille, prothèses en titane…).

Cela implique donc des mesures draconiennes en termes de tri des DASRI au sein de l’établissement. Compte tenu des arrêts programmés (maintenance) ou non (incident ou accident), il est également nécessaire de prévoir une filière alternative. Enfin, il faut prévoir une aire pour l’entreposage des conteneurs pleins ainsi que, le cas échéant, une aire de nettoyage et de désinfection des GRV(6).

Conclusion :

Du point de vue écologique et du développement durable, le prétraitement des DASRI permet d’améliorer la gestion des déchets mais il n’est pas encore simple à mettre en place in situ. Rappelons en effet que, pour assurer cette pérennité du prétraitement par désinfection, il convient au préalable de former le personnel au tri des DASRI et aux règles de fonctionnement et de sécurité des machines.

D’autres solutions existent pour diminuer la production de DASRI mais l’axe de progrès principal implique systématiquement le personnel qui doit être informé de la définition exacte des DASRI de manière à maximiser le tri des déchets au sein même des services.

Edwige FORGET
Consultante en management des risques
Juin 2015

(1) DASRI : déchet d’activité de soins à risque infectieux
(2) ADEME : Agence de l’Environnement et de la Maîtrise de l’Energie
(3) CoDERST : Conseil Département de l’Environnement et des Risques Sanitaires et Technologiques
(4) INRS : Institut National de Recherche Scientifique
(5) AES : accidents d’exposition au sang
(6) GRV : Grand Réservoir Vrac

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