Une approche collective de la gestion des risques : l’exemple du CH d’Albi

Interview du Dr Marty représentant l’équipe d’orthopédie et du Dr Sicre représentant la cellule qualité gestion des risques du CH D’Albi.

Dr François MARTY 1

Dr Marty

Dr_Sicre

Dr Sicre

Marianne Henry-Blanc : Sur 306 rapports des visites de risques réalisées par Sham depuis 2013, 1644 recommandations ont été formulées auprès de nos sociétaires.

Parmi les insuffisances relevées par les consultants Sham, l’activité de chirurgie orthopédique fait souvent l’objet de recommandations sur :

- la traçabilité des éléments liés à la prise en charge (25%)

- la traçabilité de l’information délivrée au patient (42%)

- le respect du time out dans l’utilisation de la check list au bloc opératoire (13%)

- la sécurisation du site opératoire (29%)

Le rapport issu de la dernière visite des risques médicaux réalisée par Sham au Centre Hospitalier d’Albi souligne l’implication singulière de l’équipe de chirurgie orthopédique dans la gestion des risques médicaux et sa réponse positive à toutes les exigences de l’assureur dans le domaine de la gestion du risque chirurgical.

Marianne Henry-Blanc : Ce qui parait souvent difficile à mettre en œuvre pour certains, apparait comme une évidence dans vos pratiques et vos organisations. Quelle est la recette ?

Dr Marty : Praticien hospitalier au CH d’Albi depuis 2011, j’ai pu, dès mon arrivée, mettre en pratique mes idées sur la qualité et la sécurité des soins dans un service dont la culture est historiquement tournée vers le service rendu au patient dans toutes ses dimensions. L’équipe chirurgicale a une conscience aigüe de l’importance d’une approche collective de la prise en charge (PEC) du patient. Les IDE (infirmier diplômé d'État), les AS (aide-soignant), les secrétaires qui œuvrent chaque jour au plus près des patients jouent un rôle aussi déterminant que le chirurgien dans la réussite de la PEC tant sur le plan médical que dans le ressenti du patient.

Dr Sicre : C’est d’abord une histoire d’hommes et de femmes dans une équipe ! Depuis mon arrivée en 2007, j’ai toujours connu un service d’orthopédie impliqué dans des projets et des actions en faveur de l’amélioration des soins.

Marianne Henry-Blanc : Vous donnez l’impression d’avoir surmonté la difficulté propre à tout personnel de santé, de revenir sur des dysfonctionnements et /ou des erreurs et d’appartenir à une organisation « apprenante ». Quelle est la méthode ?

Dr Sicre : Le service d’orthopédie fût le premier de l’hôpital à mettre en place des RMM (Revue de Mortalité et de Morbidité) selon la méthodologie HAS (Haute Autorité de Santé), en 2010.

Dr Marty : Tous les incidents, dysfonctionnements ou évènements considérés comme à risque pour le patient sont analysés rapidement. Les dossiers plus complexes et qui ont besoin d’un temps de recul et d’analyse collective sont présentés en RMM, avec le soutien du Dr Sicre qui trace les points forts de la RMM.

Dr Sicre : Ma fonction de praticien qualité coordonnateur des EPP (Evaluation des Pratiques Professionnelles)/RMM permet de faire le lien permanent entre les services de soins et la cellule qualité.

Lors de la réunion hebdomadaire, d’analyse des évènements indésirables sur le centre hospitalier, organisée par le service qualité et à laquelle j’assiste, j’apporte les actions correctives décidées en RMM, afin de les intégrer au PAQSS (1) de l’établissement.

Marianne Henry-Blanc : Nous soulignons dans le rapport, la collaboration exemplaire qui existe au CH d’Albi entre les chirurgiens orthopédistes accrédités et la Cellule de Coordination de la Gestion des risques avec qui ils partagent l'analyse de leurs événements porteurs de risque (EPR).….. Depuis quand cette collaboration existe-t-elle ?

Dr Sicre :La politique EPP du CH d’ALBI est venue conforter le travail de cette équipe en encourageant tous les PH à s’engager dans une démarche d’accréditation avec un paragraphe qui les incite à s’engager formellement notamment en partageant leur démarche avec la cellule qualité.. Je suis allée moi-même voir chaque praticien accrédité pour établir ensemble les modalités de notre collaboration. Aujourd’hui, trois orthopédistes ont accepté le projet qui s’est notamment matérialisé par la présentation d’une EPP basée sur une EPR déclarée à Orthorisk dans le cadre de la certification HAS. Le climat de confiance qui existe depuis longtemps entre les deux services favorise aussi ce partage. Ces praticiens portent leurs dossiers avec beaucoup d’humilité…

Marianne Henry-Blanc : Quels sont les impacts et bénéfices concrets que vous relevez suite à cette démarche collaborative ?

Dr Marty : Cette démarche a deux bénéficiaires :

- Le premier étant bien entendu le patient qui s’adresse à nous et qui peut être assuré que nous ne sommes pas que des techniciens et que la qualité globale de sa prise en charge nous importe autant que le résultat de l’intervention.

- Le deuxième bénéficiaire, c’est le chirurgien qui travaille avec plus de sérénité puisque moins de prises de risques, mais aussi moins de craintes de retombées médico légales, surtout lorsque le patient est bien informé et le dossier bien tenu !

Dr Sicre : Les chirurgiens orthopédistes ont toujours travaillé dans le sens d’une amélioration de la qualité de la prise en charge, mais auparavant ils faisaient cavaliers seuls ! Maintenant, la mise en commun, et la transparence entre les deux services, nous permettent d’être ensemble au plus près de la qualité des soins dans l’intérêt du patient. De plus, dans le cadre de mes fonctions de coordonnateur EPP/RMM, je communique régulièrement en CME sur toutes les démarches d’évaluation des pratiques, et l’implication particulière des orthopédistes exerce un effet d’entrainement sur la dynamique d’amélioration de la prise en charge des patients au CH d’Albi.

Marianne HENRY-BLANC
Consultante en gestion des risques
Août 2015

(1) Plan action qualité sécurité des soins