STAN Institute et le DIU de chirurgie robotique

Interview d’Alexandre Thouroude, Directeur Général de la société Stan Institute, Jean-Pierre Henry Président de Stan Institute et Professeur Jacques Hubert, Urologue, Professeur à la faculté de médecine de Nancy.

Portail Prévention : Pourriez-vous, en quelques mots, nous présenter votre parcours ?

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Alexandre Thouroude : J’ai travaillé 19 ans dans l’armée de l’air avec plus de 4000 heures de vol. Avant de quitter l’armée de l’air, j’ai dirigé le centre de formation des équipages Mirage 2000D au profit des pilotes et navigateurs arrivant sur ce nouvel avion. Je suis maintenant Directeur Général de STAN Institute,

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Jean-Pierre Henry : Breveté Navigateur Officier Système d’Armes en 1996, je totalise 3000 heures de vol, essentiellement sur le Mirage 2000D. Je suis expert en sécurité aérienne et en fonctionnement humain. Je suis Président de la société STAN Institute, qui a pour objet de venir en soutien au DIU de chirurgie robotique et de transposer toutes les pratiques de performances et sécurités présentes dans l’aviation, en particulier dans l’aviation de chasse, en santé et en chirurgie robotique.

Professeur Jacques Hubert : Je suis Urologue, Professeur à la faculté de médecine de Nancy, j’ai une expérience de chirurgie robotique de plus de 3000 heures pour reprendre la façon d’évaluer l’expérience des aviateurs !
J’ai eu la chance d’avoir accès à un des premiers robots chirurgicaux au monde, acquis en 2000 par le CHU de Nancy.

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J’ai créé en 2008 le DIU, diplôme interuniversitaire de chirurgie robotique. Nous avons l’ambition de professionnaliser ce DIU grâce à la société STAN Institute qui épaule mon équipe enseignante universitaire. Titulaire d’un Certificat d’Etudes Supérieures de Médecine Aéronautique, j’ai toujours été attentif aux évolutions dans le domaine de l’aviation civile et militaire.

Portail Prévention : Pouvez-vous nous présenter votre projet ?

Professeur Jacques Hubert : Le robot chirurgical est une machine très technique qu’il faut absolument apprendre à maîtriser de façon quasiment automatique à l’image des automatismes acquis en conduite automobile : Il ne faut plus avoir à réfléchir aux mouvements nécessaires à la maîtrise du robot.

Il a été constaté que lorsque les chirurgiens commencent à opérer avec un robot sans entrainement suffisant, la durée opératoire est de 3 à 5 fois supérieure à la durée atteinte au bout d’une trentaine de cas. Il est facile d’imaginer que la sinistralité risque d’être augmentée lors du début de l’expérience.

L’idée du DIU est de préparer ces chirurgiens grâce à un programme pédagogique maintenant bien rodé et basé comme en aéronautique sur l’utilisation de simulateurs. Cela leur permet d’acquérir tous les automatismes nécessaires pour la chirurgie robotique et ainsi de se concentrer sur leur champ opératoire et la conduite de leur intervention chirurgicale.

Portail Prévention : Quels sont vos partenaires ?

Professeur Jacques Hubert : Parmi nos partenaires privilégiés, il y a bien sûr avant tout la Faculté de Médecine et l’Université de Lorraine, mais il nous apparait également important de citer ici deux industriels américains, qui nous apportent un soutien conséquent :

- la société MIMIC, start-up américaine qui fabrique des simulateurs de chirurgie robotique et grâce à laquelle, nous avons pu acquérir les meilleurs simulateurs et développer le diplôme.
- la société Intuitive Surgical a également exprimé le souhait de nous soutenir. Elle nous propose un robot da Vinci Si à tarifs préférentiels, ainsi que des conditions de garantie et maintenance avantageuses.

Nous avons actuellement 5 simulateurs ce qui permet d’accueillir sur une semaine de formation simultanément 8 chirurgiens et 4 infirmières de bloc opératoire, la formation de l’équipe étant particulièrement importante dans le domaine de la chirurgie robotique.

Cette année, nous avons déjà pu proposer 4 semaines de formation au profit de 40 chirurgiens, dans le cadre de cette formation diplômante qui n’existe nulle part ailleurs en Europe.

L’autre aspect de ce DIU est d’apporter aux chirurgiens un diplôme universitaire qui leur permet d’avoir des arguments à présenter à un magistrat en cas de problème médico-légal, et ainsi à prouver leur souci apporté à acquérir des compétences dans cette nouvelle technologie et à minimiser les risques pour leurs patients.

Au cours des dernières années, de plus en plus de juges demandent en effet aux experts judiciaires d’évaluer le niveau de formation des chirurgiens qui ont été confrontés à un problème sur leur patient.

Nous souhaitons avoir rapidement une offre pédagogique très supérieure, qui soit ouverte aux chirurgiens francophones mais également à l’international, en collaboration avec des experts de ces différents pays.

Nous sommes rattachés à une équipe de recherche labellisée Inserm, ce qui nous permet d’accueillir des chercheurs en master et en thèse sur le thème de la pédagogie en robotique. Nous participons également à un groupe de travail de l’Académie Nationale de Chirurgie qui établit des recommandations en formation en chirurgie robotique et dans l’évaluation des compétences des chirurgiens.

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Portail Prévention : La société propose également des formations non techniques ?

Jean-Pierre Henry : Oui, en marge des formations techniques dont parlait le Pr Hubert, nous délivrons des formations non techniques, tout ce qui concerne notamment la communication et la coopération entre les membres de l’équipe chirurgicale.

En effet, en chirurgie robotique, le chirurgien travaille sur la machine à plusieurs mètres de l’équipe chirurgicale. Il est donc coupé de son équipe car il n’a pas de contact visuel avec elle. Afin de compenser ce précieux manque d’informations, il faut développer des techniques de communication verbale qui soient sécurisées, à l’image de celles employées en aéronautique ou dans le nucléaire.

Professeur Jacques Hubert : En effet, c’est une nouvelle pratique et les méthodes de communication doivent être adaptées. On apprend aux équipes chirurgicales à travailler avec le robot et au travers du robot. L’aide des pilotes va être décisive. Nous disposons pour cela d’un tout nouveau type de simulateur de la société Mimic qui permet de faire travailler ensemble le chirurgien et son aide, chacun sur son simulateur, les deux étant connectés entre eux.

Alexandre Thouroude : Dans l’aéronautique, la technologie et la sécurité du matériel étaient très importantes mais l’aspect facteur humain est arrivé à partir des années 70, avec le Crew Resource Management et la gestion de l’erreur et du risque. Le résultat de la mise en œuvre de ces préceptes est sans appel : aujourd’hui l’aéronautique est un des moyens de transport le plus sûr au monde !

Les contraintes techniques des commandes du robot obligent le chirurgien à se dissocier de son équipe, et donc à être privé de tout le dialogue non verbal. Il est ainsi un chef d’orchestre quasi aveugle. Un système de communication sécurisé doit être mis en place, c’est primordial !

Portail Prévention : Utilisez-vous des outils e-learning pour former les chirurgiens ?

Professeur Jacques Hubert : Désormais tous les cours dispensés pendant le DIU sont en ligne sur un site internet accessible aux stagiaires. Ceci permet aux étudiants de rentabiliser leur temps de présence à Nancy, en se focalisant intégralement sur leur entraînement pratique.

Durant leur séjour à Nancy, chaque étudiant dispose d’un iPad, sur lequel tous les supports pédagogiques (vidéos, checklists, etc.) sont présents. Il participe également au processus d’évaluation continue, qui s’étale tout au long de la semaine de formation selon une méthode en concordance avec les normes nord-américaines.

Portail Prévention : A qui sont destinées les formations ?

Professeur Jacques Hubert : Le DIU est ouvert à toutes les spécialités utilisatrices du robot. C’est une formation qui se veut pratique et qui doit permettre de débuter une activité robotique rapidement par des interventions peu complexes.

A chaque inscription, je demande systématiquement aux étudiants leur CV ainsi qu’une description de leur projet. Nous privilégions les participants qui ont un robot ou qui vont l’avoir incessamment et pourront appliquer rapidement leurs acquis. Aujourd’hui nous dispensons la formation de base d’utilisation de la plateforme. Des cours avancés seront développés et seront spécifiques par spécialité en faisant appel aux experts des spécialités intéressées.

Nous adaptons néanmoins déjà les formations en fin de semaine pour qu’elles se rapprochent des spécialités des participants.

Lien vers le site : http://stan-institute.com/contact/

Propos recueillis en mars 2015 par Sandrine Frobert & Marlène Paba pour le Portail Prévention - Pôle Services Sham

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