La place de la simulation dans la santé

Dr Dominique TRUCHOT-CARDOT, Directeur Médical de LAERDAL.

Dominique TRUCHOT-CARDOT est médecin urgentiste, ancien praticien au SAMU de Paris et enseignante à l’Université René Descartes. Elle a rejoint depuis 5 ans la société Laerdal médical en qualité de Directeur médical. Son analyse du monde médical s’est enrichi ces deux dernières années, des connaissances et échanges apportés par l’Executive Master Gestion et Politiques de santé (Chaire de santé. Sciences-Po. Paris). Passionnée de pédagogie appliquée, elle n’a eu de cesse de promotionner l’enseignement médical par simulation dans la communauté francophone. Elle rejoint aujourd’hui en tant que Medical Adviser le groupe stratégique Laerdal en Norvège.

SHAM Prévention : Les mannequins LAERDAL ont beaucoup évolué en 50 ans ?

Dominique TRUCHOT-CARDOT : Il y a 50 ans naissait le premier mannequin d’enseignement de la réanimation cardio-pulmonaire moderne sous l’impulsion du Pr Peter SAFAR et avec la collaboration de Asmund Laerdal, fondateur de la société Laerdal. Depuis, 1 million de Resusci-anne ont été vendus à travers le monde, ce qui a permis à prêt de 400 millions de personnes de se former aux gestes de secours et sauvé environ 2 millions de personnes. Notre gamme de mannequin s’est évidement diversifiée et enrichie des dernières technologies (notamment dans l’analyse de la qualité des gestes pratiqués). En 2001 naissait le premier simulateur patient. La famille, sous l’impulsion des sociétés savantes, s’est depuis agrandie afin de répondre aux besoins de formation du plus grand nombre d’enseignants et de praticiens.

SHAM Prévention : En quoi consiste l’offre de LAERDAL aujourd’hui ?

Dominique TRUCHOT-CARDOT : Notre offre, aujourd’hui, se veut globale et intégrée. A savoir, nous avons développé un outil de réflexion et de conceptualisation appelé : cercle d’apprentissage. Ce concept didactique permet, pour chacune des étapes de l’apprentissage (initial ou continu), et selon les objectifs des enseignants, de définir précisément les besoins en termes d’outils pédagogiques (mannequin d’entrainement aux gestes techniques, mannequins auto-formation et/ou d’autoévaluation, simulation informatique, simulateurs patients….) mais également de ressources humaines et d’infrastructures.

L’enseignant peut ainsi parfaitement intégrer son projet « technologique » dans le curriculum dont il a la charge (formation en soins infirmiers, formation médicale initiale ou continue….). Notre offre, incluant des outils extrêmement innovants et de très haute technologie, ne pouvait se concevoir sans la notion de services associés. Nous proposons donc également des services techniques d’entretien et de maintenance, mais également des formations d’utilisateur sous l’égide de
l’Ecole des techniques Laerdal.

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SHAM Prévention : Qui sont vos clients ?

Dominique TRUCHOT-CARDOT : Je pourrais dire tout le monde. Du citoyen désireux de se former à la réanimation cardio-pulmonaire avec un défibrillateur automatisé externe et qui choisira le kit d’autoformation MiniAnne aux professionnels de santé, tant dans le cadre des formations initiales ou continues, en passant par les secouristes professionnels ou volontaires. Tout ceux qui comme nous veulent sauver plus de vie. « Helping save lives, together » Sauvons plus de vie, ensemble est notre mission depuis 50 ans.

SHAM Prévention : Avez-vous mesuré l’impact des formations dispensées avec des outils de simulation comme ceux que vous commercialisez ? Et leur bénéfice par rapport à une formation plus traditionnelle ?

Dominique TRUCHOT-CARDOT : L’aviation commerciale est un parfait exemple d’activité complexe et dynamique à laquelle nos spécialités médicales dites à risque, dont l’anesthésie, peuvent être comparées.
Dans les années 1980 de nombreux travaux ont montrés que beaucoup d’accidents d’avion étaient dus à des erreurs de pilotage chez des pilotes entrainés et dont le matériel était en parfait état.
Fort de ce constat pour le moins troublant, l’US air Force et la NASA joignirent leurs efforts pour développer le concept de « management de l’équipage en situation de crise » (Crew Resource Management ou CRM).
Ce type d’entrainement est désormais obligatoire pour tous les équipages Nord américains et de nombreux pays industrialisés. Il comprend des cours théoriques, des exercices de groupes, des discussions de cas mais surtout des séances de simulation de missions complètes (dont l’amerrissage), le tout suivi d’un débriefing.

Le domaine de l’anesthésie a bénéficié depuis de nombreuses années d’une diminution du taux d’accidents. Cette diminution est liée en grande partie à une avancée importante en matière de réglementation. De nombreuses procédures écrites et des protocoles réglés envisageant la sécurité du patient ont été réalisés. Par ailleurs les méthodes et techniques sont devenues sophistiquées et leur réalisation se fait dans des conditions de plus en plus sûres.
En dépit de cet effort, l’anesthésie reste classée par le Pr Almaberti (un des plus grands spécialistes du sujet) comme un système « moyennement sûr » (l’aviation commerciale et le nucléaire étant classés comme des « systèmes ultra-sûrs »).
Il n’existerait plus beaucoup de marge de progrès inhérente à l’amélioration des procédures et des performances des équipements, cependant que des erreurs (le plus souvent humaines) et des événements graves persistent.

Cette recherche impérative de sécurité rapproche l’anesthésie des domaines technologiques où le risque et les préoccupations humaines sont identiques : comme l’industrie nucléaire et particulièrement l’aviation.
Notre cursus médical traditionnel mais également notre formation médicale continue pour la gestion des risques en médecine sont notoirement insuffisants; la mise en œuvre des stratégies diagnostiques et thérapeutiques doivent être rapides sinon instantanées (comme la décision du pilote) et nécessitent un travail en équipe qui actuellement n’est pas enseigné dans nos facultés (les cursus médicaux et paramédicaux étant par ailleurs totalement dissociés).

Dés 1989 les Professeurs Gaba et De Anda aux Etats-Unis eurent le mérite de développer un cursus basé sur l’utilisation de simulateurs patients haute fidélité et utilisant les principes clés du CRM.
L’Anesthesia Crisis Resource Management (ACRM) prépare les personnels médicaux et paramédicaux à travailler en équipe et tente d’apporter une réponse à ces lacunes de l’enseignement traditionnel concernant la gestion de situations de crise.
Cet enseignement est institutionnalisé, voir obligatoire, dans de nombreux pays Anglo-Saxons et scandinaves et a donné lieu a plusieurs publications montrant l’impact direct et immédiat de ce type de formation en particulier sur les aspects techniques ou procéduraux.

SHAM Prévention : LAERDAL collabore avec la Faculté de Médecine Paris Descartes dans le cadre d’un Diplôme Universitaire « Formation à l’enseignement de la médecine sur simulateur ». Dans quel but ?

Dominique TRUCHOT-CARDOT : L'efficacité de la simulation a fait ses preuves dans de nombreux domaines, dont la médecine, mais faute d’enseignants en France, elle peine à s’implanter. Nous avons donc estimé, qu’il était de notre rôle, notamment grâce à notre vision internationale de la question, d’être partenaire de la première formation universitaire de formateur sur simulateur patient. Ces derniers seront le garant d’un enseignement par simulation de qualité dans les années à venir.
Afin de promouvoir une autre approche de cet enseignement totalement novateur en France, nous soutenons également le deuxième diplôme créé sur cette thématique et dispensé à l’université de médecine de Brest.

SHAM Prévention : Plus généralement, que pensez-vous de la place de la simulation dans la politique de gestion des risques dans les établissements de soins ?

Dominique TRUCHOT-CARDOT : Certains experts estiment que « 300 à 500.000 événements indésirables graves se produisent chaque année », « et au moins 10.000 personnes meurent chaque année à l’hôpital du fait de l’exercice de la médecine ».
Quand on sait que 70 % des erreurs sont dues à des facteurs humains (les derniers événements médiatisés l’ont malheureusement parfaitement montré) et que la simulation répétée de cas permet de corriger nombre de ces erreurs et défaillances, une réflexion s'impose…

« L’erreur est inévitable, l’expert est celui qui va en diminuer les conséquences » (James Reason). Travaillons ensemble à améliorer notre expertise grâce à la simulation.

En savoir plus: www.laerdal.fr

LAERDAL en quelques dates …

- 1960. Introduction de la réanimation cardio-pulmonaire (RCP) moderne. Création du premier mannequin d’entrainement pour le bouche à bouche

- 1970. Généralisation de l’enseignement du secourisme. Création des mannequins adultes, enfants et nourrissons (Resusci anne, Resusci junior et Resusci baby)

- 1980 Introduction de la notion de certification dans les recommandations internationales. Naissance du premier système de mesure de la qualité de la RCP (Skill guide)

- 1990 Simplification des manœuvres de réanimation et ouverture du secourisme au plus grand nombre. Création de la Little family. Petits mannequins troncs solides, faciles à transporter et hygiéniques (faces amovibles et voies aériennes à usage unique)

- 2000 Qualité de la RCP pour les professionnels de santé ou du secourisme, et formations de masse à la réanimation cardio-pulmonaire et à l’utilisation d’un défibrillateur automatisé externe. Naissance du système intégré de suivi de la qualité de la RCP (Skill meter pour la formation, QCPR en thérapeutique) et MiniAnne.

En 2000, selon le rapport « To Err is Human » de l’Institute of Medicine (IOM), 98000 personnes meurent chaque année à l’hôpital à cause d’erreurs médicales aux USA.

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Toujours selon ce rapport, « les organismes de santé doivent élaborer des programmes de formation en équipe à destination du personnel soignant dans les secteurs les plus critiques... à l’aide de méthodes éprouvées, comme les techniques de gestion des ressources humaines employées dans l’aviation, y compris la simulation ».

Naissance du premier simulateur corps entier haute fidélité SimMan.

Propos recueillis par Frédéric Fuz pour SHAM Prévention.
11/06/2010

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