La parole au Dr Lotfi Benmosbah, président de la SOTUGERES

Interview du Docteur Lotfi Benmosbah, président de la Société Tunisienne de gestion des risques en établissements de santé (SOTUGERES) et médecin anesthésiste à la Clinique Pasteur de Tunis, qui nous parle de la création de cette société, ses apports, les sinistralités rencontrées, et son évolution depuis sa création.

logo_Sotugeres
 

Portail Prévention : Dans quel contexte avez-vous fondé la SOTUGERES ?

Dr Lotfi Benmosbah : En juin 2013, l’établissement de santé dans lequel j’exerçais, a entamé une démarche qualité selon les normes de la HAS (France). Farah Messai, chef du laboratoire d’analyse de l’établissement a été choisie pour piloter le projet. Quant à moi, j’ai eu à coordonner le comité de gestion des risques. Après quelques mois de travail sur ce projet, nous nous sommes rendus au deuxième congrès de l’alliance francophone pour la qualité et la sécurité des soins (AFQUARIS) qui a eu lieu à Marrakech (Maroc) en avril 2014. C’est à l’occasion de cet évènement que l’idée de la SOTUGERES est née.

Effectivement, à l’issue de nos discussions, Mme Messai et moi-même comprenions enfin que malgré des approches parfois différentes concernant les risques encourus en milieu de soins, nous nous retrouvions face à une inquiétude commune: la nécessité absolue de travailler à l’amélioration de la sécurité du patient en Tunisie. C’est pour répondre à cet objectif que nous avons souhaité fonder une société scientifique. Cela a été possible grâce à cette volonté de vouloir changer les choses et aussi grâce à la rencontre avec d’autres personnes fortement concernées par la sécurité des patients.

La SOTUGERES a donc officiellement vu le jour en Juin 2014 (1) et nous nous sommes fixés les objectifs suivants :

  • développer et promouvoir les connaissances et le savoir- faire en matière de gestion des risques,
  • développer, en milieu de soin, une culture de sécurité qui se mue par l’usage institué et réglementé en réflexes,
  • se constituer en groupe de pression pour convaincre l’Etat d’imposer la mise en place de Comités de gestion des risques en Etablissements de Santé.

Il est quand même intéressant de constater qu’à la même période, l’Etat tunisien a instauré l’Instance Nationale d’Accréditation en Santé (INA Santé) dont le rôle principal est de promouvoir la qualité et la sécurité des soins par la mise en place des normes d’accréditation de ces établissements.

Portail Prévention : Quels types de sinistralité sont rencontrés en établissement public et privé ?

Dr Lotfi Benmosbah : Les données sont encore éparses et nous ne disposons pas de statistiques clairement établies.

Deux études - datant de 2010 et 2011- menées respectivement par les Services de Médecine Préventive des Hôpitaux de Monastir et de Sousse, trouvent que 10% des patients ont connu au moins un événement indésirable grave (EIG) au cours de leur hospitalisation (2),(3)

Au cours de l’année 2014, nous avons recueilli dans notre établissement privé de santé 122 EIG pour 24000 jours d’hospitalisation soit 5 EIG/1000 jours d’hospitalisation.

Sur le plan judicaire, bien que plusieurs affaires d’erreurs médicales aient défrayé la chronique ces dernières années, très peu d’entre elles ont abouti à des dédommagements importants. En effet, en Tunisie les gens sont plus enclins à porter plainte pénalement car ils cherchent plus à punir l’auteur de l’erreur qu’à obtenir un dédommagement financier. Ainsi, la plainte est généralement portée contre l’auteur supposé de l’erreur et non l’Etablissement de Santé.

Bien que quelques médecins aient subi des condamnations, les juges sont toutefois réticents à sanctionner les auteurs des erreurs médicales si la faute n’est pas parfaitement établie.

Portail Prévention Quels sont les apports de la SOTUGERES pour les professionnels de santé par rapport à cette sinistralité ? Quelles actions sont mises en place pour diminuer cette sinistralité (contenus, formations) ?

Dr Lotfi Benmosbah : Pour notre jeune société, le but premier et à court terme est de gagner en visibilité. A long terme, l’objectif est de devenir un acteur incontournable du risque lié aux soins prévisibles en Tunisie.

Cette année, plus d’une dizaine de travaux scientifiques sont en cours de réalisation au sein de notre société.

En Novembre 2015, nous organisons, en collaboration avec le Ministère de la Santé Publique, notre première Journée dédiée à la sécurité des patients. Cette journée aura pour thème « la diminution des complications liées aux soins par l’accréditation des Etablissements de Santé ».

En 2016, la quatrième journée de l’AFQUARIS se tiendra en Tunisie sous l’égide de la SOTUGERES.

Portail Prévention : Quelles avancées (politique de gestion des risques globale, accréditations des établissements, reconnaissance internationale) depuis 2013 ?

Outre la mise en place de l’INA Santé citée précédemment, un Programme d’Appui à la Compétitivité des Services (PACS), soutenu par l’Union Européenne, débutera à l’automne 2015 pour une durée de quatre ans.

L'objectif général de ce programme est d’améliorer la qualité et la sécurité des services de santé en Tunisie, par l’implantation d’un système de management de la qualité dans les hôpitaux publics et privés, en vue de leur accréditation selon des normes reconnues par l’International Society for Quality in Healthcare (ISQUA) (4).

Portail prévention : Selon vous, quel rôle Sham pourrait jouer par rapport à la SOTUGERES, et plus généralement au niveau de la Tunisie ?

  • Pour la SOTUGERES : Sham par le biais de son Pôle Formation peut être un partenaire stratégique en participant aux journées de notre société d’une part, et en lui procurant du contenu pour son site web, d’autre part.
  • En Tunisie : Sham en tant qu’assureur historique du secteur de santé peut jouer un rôle important. Dans un premier temps, en tant qu’expert dans l’analyse des risques encourus par les établissements de santé mais aussi, dans un second temps, en tant qu’assureur de ces mêmes établissements qui, tôt ou tard, seront confrontés à des patients plus enclin à être dédommagés qu’à punir.

Par ailleurs, le PACS, programme ambitieux s’il est mené à terme, permettra à la Tunisie, déjà leader au sud de la Méditerranée dans le domaine du tourisme médical, d’être préparée à la délocalisation inéluctable des services de santé de l’Union Européenne et là encore Sham pourra accompagner cette métamorphose.

Références :
1) Journal Officiel de la République tunisienne (JORT) du 3/6/2014 numéro 66 page 3432
2) International Journal for quality in Health care 2010, Volume 22, Numero 5 : p380-385
3) Pan African Medical journal 2013 16 :68
4) http://www.santetunisie.rns.tn/fr/images/num20.pdf

Lien vers le site de la SOTUGERES :
http://www.sotugeres.org/

Propos recueillis le 18 mai 2015 par le Portail Prévention

S'inscrire à la newsletter

Recevez chaque mois actualités et retours d'expérience sur la prévention des risques !

OK

Mon Espace

Vous souhaitez commenter un article ?
Rejoignez la communauté du Portail de la Prévention Sham.

Déjà inscrit ? + Se connecter




OK
Mot de passe perdu ?