La parole à Alexandre Theissen : la sinistralité en chirurgie ambulatoire

Dr Alexandre Theissen, médecin anesthésiste au Centre Hospitalier Princesse Grâce de Monaco, a produit une étude sur les risques de la chirurgie ambulatoire à partir des données sinistres dont Sham dispose.

Alexandre_Theissen
 

Portail Prévention : Alexandre Theissen, en quelques mots quel est votre parcours ? Alexandre Theissen : après des études à la faculté de Médecine de Montpellier, j’ai effectué mon internat et passé ma thèse d’anesthésie - réanimation au CHU de Nice. Actuellement chef de service adjoint, je travaille depuis 10 ans au centre hospitalier Princesse Grace de Monaco.

Portail Prévention : Vous avez produit une étude sur les risques de la chirurgie ambulatoire à partir des données sinistres dont Sham dispose, quel était l’esprit de cette démarche ?
Alexandre Theissen : La chirurgie ambulatoire représente actuellement un tiers de la chirurgie et deviendra dans les années à venir le mode principal de prise en charge chirurgical comme c’est déjà le cas dans de nombreux pays européens.

Nous ressentons une crainte des praticiens pour l’ambulatoire à cause de la sortie anticipée dans les heures suivant la chirurgie. L’objectif de ce travail était donc d’analyser la sinistralité liée à ce mode de prise en charge sur une période de 5 ans. Nous avons ainsi réalisé 2 études sur le sujet avec le Dr Frédéric FUZ et en collaboration avec le Pr Marc BEAUSSIER et le Dr Patrick NICCOLAI : une portant sur les sinistres ayant donné lieu à une condamnation par un tribunal et l’autre sur les déclarations seulement à Sham (avec règlement amiable ou CRCI).

Portail Prévention : Quels sont les enseignements que vous avez tirés de cette étude ?
Alexandre Theissen : Dans la première étude qui a porté sur l’analyse de 33 condamnations sur 5 ans, nous avons pu observer que la sinistralité en chirurgie ambulatoire est proportionnellement moins fréquente qu'en chirurgie traditionnelle, au regard du volume global d’activité. De plus, l’indemnisation moyenne des sinistres en ambulatoire est environ trois fois inférieure à ceux en chirurgie conventionnelle et ils surviennent pour des chirurgies les plus fréquemment prises en charge dans ce contexte (cataracte, hernie inguinale et canal carpien). Dans aucun des dossiers l’anesthésiste n’a été condamné, le sinistre étant lié à une infection nosocomiale ou à une faute technique chirurgicale. Vous pouvez retrouver l’intégralité des résultats de ce travail qui a été publié dans les annales françaises d’anesthésie réanimation de Mars 2014.
Dans la deuxième étude portant sur l’analyse de 467 déclarations de sinistres à Sham sur 5 ans, nous avons retrouvé les mêmes tendances : les sinistres ne sont pas spécifiquement liés au mode de prise en charge ambulatoire et l’anesthésie n’est impliquée que dans 5 dossiers. Ce travail fera l’objet d’une communication le vendredi 19 septembre au congrès de la SFAR à Paris.

Portail Prévention : Ces résultats permettent-ils de formuler des recommandations, que ce soit pour un chef d’établissement ou un praticien ?
Alexandre Theissen : La chirurgie ambulatoire n’apparait pas comme une activité à haut risque, bien au contraire. L’anesthésiste est finalement très peu impliqué, par contre, contrairement à ce que l’on aurait pu imaginer, le risque d’infection nosocomiale existe bel et bien. Au vu des objectifs fixés par la tutelle et donc du développement prévisible de l'ambulatoire, la maîtrise des risques devra passer par le respect des dispositions médico-légales et des recommandations des sociétés savantes tant en anesthésie qu'en chirurgie.

Portail Prévention : Néanmoins ces données issues des dossiers sinistres ont un caractère rétrospectif, quels sont les risques de demain d’après de vous dans le domaine de la chirurgie ambulatoire ?
Alexandre Theissen : effectivement, ces données rétrospectives sont le reflet d’une activité passée. A l’avenir la sinistralité en ambulatoire risque d’augmenter quantitativement du fait de l’augmentation en proportion d’actes réalisés en ambulatoire et qualitativement du fait de réalisation de chirurgie de plus en plus complexes en ambulatoire. Cela ne doit pas nous écarter de l’objectif des tutelles de plus de 50% d’actes en ambulatoire dès 2016 !

Propos recueillis pour le Portail Prévention, Août 2014.