Intérêt des techniques de dépistage rapide dans la lutte contre les IAS

Malgré les progrès accomplis par les politiques de lutte mises en place depuis plus de vingt ans, les Infections Associées aux Soins (IAS) constituent encore aujourd’hui un risque non négligeable pour le patient accueilli dans un établissement de santé.
En parallèle du nécessaire respect des précautions d’hygiène standard, les techniques de dépistage rapide commencent à trouver leur place parmi les mesures de prévention reconnues comme efficaces dans la lutte contre ces IAS.

Stéphane LAROCHE, Pharmacien Responsable, Becton Dickinson France

Comment expliquez-vous qu’aujourd’hui les SARM (Staphylococcus aureus Résistants à la Méticilline) soient les bactéries multi-résistantes les plus fréquemment retrouvées dans les IAS ?

Stéphane Laroche : Staphylococcus aureus est une bactérie que l’on trouve fréquemment sur la peau, et qui peut se transmettre par simple contact physique. Le portage est généralement asymptomatique, mais dans certains cas (immunodépression, plaies…) S. aureus peut être à l’origine d’infections cutanées, voire même de septicémies ou de pneumonies pour les cas les plus graves. Les SARM ont développé une résistance à de nombreux antibiotiques (méticilline et autres beta-lactame), ce qui explique que la maitrise de ces infections soit plus difficile. Le Programme national de prévention des infections nosocomiales 2009/2013 en fait d’ailleurs une priorité au travers de la mise en place de l’indice SARM accompagné d’un objectif de réduction attendu pour 2012.

Pourtant, des méthodes de prévention existent. Quelles sont les mesures à mettre en place pour réduire et contrôler ces infections ?

Stéphane Laroche : La prévention des IAS s’inscrit dans une démarche globale de gestion des risques hospitaliers. Elle repose sur trois dispositions principales. Le respect des mesures d’hygiène, comme le lavage des mains, est tout d’abord indispensable. L’isolement des patients porteurs est également nécessaire afin d’éviter la propagation des infections et les contaminations croisées. Enfin, les patients colonisés peuvent être amenés à recevoir un traitement antibiotique adapté. Pour être efficaces, ces mesures doivent être mises en place rapidement. C’est pourquoi les patients colonisés doivent être identifiés le plus tôt possible et signalés lors de leurs transferts.

La mise en place d’un dépistage à l’admission des patients représente un changement important dans l’organisation des établissements de santé. Comment justifiez-vous la mise en place de cette méthode ?

Stéphane Laroche : Les pays scandinaves et les Pays Bas sont un bon exemple de l’efficacité du dépistage des patients à leur entrée à l’hôpital. Ces pays ont mis en place depuis plusieurs années une politique dite de « search and destroy » qui leur a permis d’obtenir et de maintenir un taux de SARM inférieur à 1%. Plusieurs études récentes montrent également l’intérêt que peut apporter un dépistage rapide dans la réduction du nombre d’infections à S. aureus, lorsque associé à la décolonisation précoce des patients porteurs (1), (2), (3), (4).

Quelles sont les solutions aujourd’hui disponibles pour les établissements de santé ?

Stéphane Laroche : Pour que le dépistage soit le plus efficace possible, il doit être rapide, fiable et simple à mettre en œuvre. Il existe aujourd’hui des tests par PCR (Polymerase Chain Reaction) en temps réel qui permettent d’obtenir des résultats en quelques heures, alors que les méthodes classiques de culture nécessitent deux à trois jours. Il est alors possible de dépister le patient dés son entrée dans l’établissement de soins, et de prendre éventuellement les mesures nécessaires (isolement et traitement antibiotique) dans les meilleurs délais. Notre gamme BD GeneOhm™ propose par exemple un ensemble de tests rapides pour la détection des S. aureus, des Clostridium difficile, des Entérocoques résistants à la vancomycine, ou des Streptocoques du groupe B. Certains établissements ont déjà fait le choix de ces techniques qu’ils ont su mettre en place avec succès. La Clinique des Cèdres (38) a ainsi mis en place dès 2006 un dépistage systématique rapide des staphylocoques dorés résistants et sensibles à la méticilline (BD GeneOhm™ StaphSR), qui lui a permis de recevoir le Trophée de l’innovation médicale 2008 décerné par la FHP, pour cette démarche innovante de prévention du risque infectieux.

Comment voyez-vous évoluer la diffusion de ces techniques dans les mois / années à venir ?

Stéphane Laroche : Jusqu'à très récemment, les limites à la diffusion de ces techniques rapides étaient de deux ordres. Premièrement, les contraintes techniques de la PCR, habituellement perçue comme une méthode très consommatrice de main d’œuvre et demandant un environnement dédié. L’arrivée de nouveaux automates entièrement automatisés (BD MAX™) fait que ces techniques deviennent accessibles à tous les laboratoires. La deuxième limite est liée au prix de ces techniques rapides. Là encore, il est important de replacer ce point dans son contexte, puisque les IAS entraînent aujourd’hui un surcoût financier important, essentiellement dû à un allongement de la durée d’hospitalisation, et dans une moindre mesure aux traitements et aux examens de laboratoire nécessaires au diagnostic et à la surveillance de l’infection. Pour rappel, le coût actuel estimé de la prise en charge des IAS en France varie entre 2,4 et 6 milliard d’Euros par an (5).

Le coût global d’une technique innovante doit donc prendre en compte les bénéfices économiques obtenus par sa mise en place, et qui viennent se soustraire au coût apparent perçu par l’utilisateur pour l’acquérir.

(1) Bode et al, Preventing Surgical-Site Infections in Nasal Carriers of Staphylococcus aureus, The new England journal of medicine 362;1 – January 2010
(2) Hardy et al, Reduction in the rate of methicillin-resistant Staphylococcus aureus acquisition in surgical wards by rapid screening for colonization: a prospective, cross-over study, Clin Microbiol Infect April 2009
(3) Robicsek et al, Universal Surveillance for Methicillin-Resistant Staphylococcus aureus in 3 Affiliated Hospitals, Ann Intern Med. 2008;148:409-418
(4) J. Kluytmans, Control of meticillin-resistant Staphylococcus aureus (MRSA) and the value of rapid tests, Journal of Hospital Infection (2007) 65(S2) 100–104
(5) Vasselle A., Rapport sur la politique de lutte contre les infections nosocomiales, Office parlementaire d’évaluation des politiques de santé, Juin 2006

Propos recueillis par Frédéric FUZ pour SHAM Prévention.

06//04/2010

Voir aussi :
Titre de l’article : Dépistage systématique des SARM à l'admission des patients
Rubrique : Risques médicaux > Vu dans les établissements

Commentaires

Vous devez être connecté pour poster un commentaire. Se connecter

Vous n'avez pas d'espace perso ? S'inscrire

 

 

Aucun commentaire pour le moment.