Emploi de la check-list au bloc opératoire

Entretien avec Alexandre Thouroude, Directeur Général de la société STAN Institute et animateur de la formation « Emploi de la check-list au bloc opératoire » nous présente le rôle de cette check-list et les clés de son appropriation auprès des équipes.

Pour rappel selon la HAS, la check-list vise à améliorer le partage des informations et à réaliser une vérification croisée de critères considérés comme essentiels avant, pendant et après toute intervention chirurgicale.

Portail Prévention : Quel est votre sentiment sur le rôle de la check-list au bloc opératoire ?

Alexandre_Thouroude
 

Pour une équipe médicale, la check-list est, en soi, un bon outil pour limiter les risques. Elle est appliquée depuis des dizaines d’années dans l’aviation et a permis d’éviter de nombreux accidents.

Ce constat n’est pas propre au monde aéronautique, diverses études récentes mettent en avant les bienfaits d’un bon usage de la check-list au bloc opératoire :
• réduction de la morbidité, de la durée de séjour à l’hôpital et de la mortalité (1)
• progrès flagrant en sécurité chirurgicale (2)
• amélioration de la sécurité des patients et intégration dans le processus de travail d’équipe (3)

Au-delà de l’outil proprement dit, elle est un socle propice au démarrage de la construction du travail d’équipe. Il a été prouvé, au travers d’une analyse de la HAS, qu’un travail d’équipe défaillant est responsable pour 26% des événements indésirables graves.

Cependant, dans tout système à risques, pour qu’une check-list soit efficace, il est primordial que la culture de sécurité soit partagée et intégrée de manière globale.

Portail Prévention : La check-list au bloc opératoire est une pratique exigible prioritaire, pourriez-vous nous en dire plus ?

Depuis 2010, l’usage de la check-list au bloc opératoire fait partie des Pratiques Exigibles Prioritaires définies par la Haute Autorité de Santé (HAS). Elle a été conçue dans l’unique but de s’assurer que toutes les étapes essentielles d’une procédure donnée soient prises en compte. Elle ne remet en rien en cause le professionnalisme des opérateurs, elle le complète en agissant en barrière de défense supplémentaire (cf modèle de James Reason).

Des réserves sont toutefois émises sur l’acceptation de la check-list par les chirurgiens (4). Nos actions auprès des équipes de bloc nous ont appris que certains personnels de santé considèrent parfois la check-list de la HAS comme une contrainte administrative supplémentaire ; d’autres comme un instrument de vérification de leurs compétences professionnelles, d’où une certaine méfiance. Or la check-list doit être comprise pour ce qu’elle est : un soutien au travail de l’équipe lors d’étapes clés de l’intervention, qui va permettre une bonne cohésion et une intervention plus sereine. La check-list ne remet en aucun cas le professionnalisme des équipes en cause, au contraire. Elle est un moyen d’augmentation de la sécurité et de la performance.

Portail Prévention : Selon vous, comment mettre en place la check-list au bloc opératoire ?

Pour que cet outil devienne efficace, il est nécessaire qu’il soit facile à utiliser et compréhensible de tous. Il doit identifier les différents acteurs de cette procédure : chirurgiens, anesthésistes, IBODE, IADE, etc. Enfin il ne doit pas faire figure de document administratif de vérification ou d’audit, cet outil doit être concis, clair et facile à mettre en œuvre.

Pour exemple les check-lists de l’Avro Lancaster des années 40 ou de l’A320 avant décollage, ne possèdent que très peu de mots pour toutes les actions à faire.

Par ailleurs, rien n’empêche que la check-list soit à la fois en format « poche » afin que tout le monde l’ait à portée de main, mais également dans un format « poster », accroché au mur et pouvant être vu de tous.

Enfin, pour que cet outil soit compris, il est nécessaire aujourd’hui que les personnels soient formés à son utilisation.

Portail Prévention : Comment faire pour que les équipes adhèrent à cet outil et se l’approprient ?

Pour tout système, pour qu’il soit totalement accepté, il est fondamental que les équipes et personnels le comprennent, se l’approprient et pourquoi pas le créent eux-mêmes. Dans un établissement que nous accompagnons, les personnels médicaux et/ou para-médicaux ont construit eux-mêmes leur propre check-list sur la base de celle de la HAS. Ils en ont conçu le contenu, mais aussi le format.

Dès lors que les facteurs humains entrent en jeu, seule une réelle intégration de la culture de sécurité est efficace. Cette intégration ne peut se faire autrement que par la pédagogie et une formation bienveillante. Toute autre forme d’application insérera indéniablement des biais à l’exécution des procédures et des outils. Cette check-list ne doit plus être vue comme une contrainte ou une remise en cause des pratiques professionnelles, mais, évidemment, comme un outil d’amélioration de la sécurité et de la performance au bloc, mais surtout comme une fondation solide au démarrage du travail d’équipe.

Propos recueillis en octobre 2016

Neeria, la marque Service de Sham propose une nouvelle formation sur « L’Emploi de la check-list au bloc opératoire »

Lyon le 24 novembre 2016 et le 12 septembre 2017

Les objectifs de la formations :

  • Déploiement de la démarche de gestion des risques
  • Accroitre la performance du travail en équipe de bloc opératoire
  • Mieux lutter contre les erreurs
  • Participer à la construction de l’équipe médicale
  • Vous inspirer de l’approche facteur humain utilisée depuis plusieurs décennies dans l’aéronautique

Pour toutes questions :
Contactez-nous : formationconseil@sham.fr – 04 72 75 58 03
Fiche formation à télécharger : Emploi de la checklist au bloc opératoire

(1) Ann Surg. 2015 May;261(5):821-8. doi: 10.1097/SLA.0000000000000716. Effect of the World Health Organization checklist on patient outcomes: a stepped wedge cluster randomized controlled trial. Haugen AS1, Søfteland E, Almeland SK, Sevdalis N, Vonen B, Eide GE, Nortvedt MW, Harthug S.
(2) BMC Res Notes. 2016 May 17;9:276. doi: 10.1186/s13104-016-2078-3. Surgical teams’ attitudes and opinions towards the safety of surgical procedures in public hospitals in the Brazilian Federal District,Santana HT, Rodrigues MC, do Socorro Nantua Evangelista M.
(3) J Thorac Cardiovasc Surg. 2016 Aug;152(2):585-92. doi: 10.1016/j.jtcvs.2016.01.022. Epub 2016 Jan 19. When a checklist is not enough: How to improve them and what else is needed. Jai Raman, Aubrey Lynn Samost, Nancy Leveson, Nikola Dobrilovic, Maggie Oldham, Sidney Dekker, Stan Finkelstein
(4) BMC Res Notes. 2016 May 17;9:276. doi: 10.1186/s13104-016-2078-3. Surgical teams’ attitudes and opinions towards the safety of surgical procedures in public hospitals in the Brazilian Federal District, Santana HT, Rodrigues MC, do Socorro Nantua Evangelista M.

S'inscrire à la newsletter

Recevez chaque mois actualités et retours d'expérience sur la prévention des risques !

Mon Espace

Vous souhaitez commenter un article ?
Rejoignez la communauté du Portail de la Prévention Sham.

Déjà inscrit ? + Se connecter




OK
Mot de passe perdu ?