Cartographie des risques : le réseau CRIQUE Santé

Cartographie des risques : retours sur une démarche menée en parallèle auprès de 14 établissements de santé. Interview du Dr Philippe LE ROUX, Médecin Coordonnateur du réseau CRIQUE Santé.

Vous êtes médecin coordonnateur auprès du réseau « CRIQUE Santé ». Pouvez-vous nous présenter ce réseau en quelques mots ?

CRIQUE Santé est un réseau qui regroupe les établissements sanitaires et médico-sociaux de Vendée souhaitant entrer dans une démarche partagée de gestion des risques. Ce réseau existe depuis 2003 et regroupe aujourd’hui 45 établissements. L’objectif du réseau est de travailler collectivement sur des problématiques de terrain liées à la qualité et à la gestion des risques, de contribuer dans les établissements à l’amélioration de la qualité, à l’évaluation et à la gestion des risques.
Nous proposons un accompagnement collectif, une expertise méthodologique, des outils, une veille documentaire, la coopération avec les instances… Le réseau est désormais une structure associative, avec une Assemblée Générale, un Conseil d’Administration et un comité technique qui est l’instance opérationnelle du réseau, regroupant les responsables ou correspondants Qualité des structures adhérentes.

Quel est le rôle du médecin coordonnateur au sein de ce réseau ?

Il a pour rôle de coordonner les travaux du comité technique, d’organiser des formations, construire des outils… Le médecin coordonnateur est l’interlocuteur du réseau pour les établissements et pour les instances. Je partage mon temps entre ce rôle et celui de médecin du service qualité et gestion des risques, coordonnateur de la gestion des risques liés aux soins au sein du CHD Vendée.

Vous avez sollicité Sham pour organiser un accompagnement du réseau CRIQUE Santé à la cartographie des risques. Pourquoi ce choix ?

De nombreux établissements adhérents avaient exprimé une demande de soutien pour réaliser leur cartographie des risques. Nous avons souhaité faire appel à des spécialistes et avons donc étudié plusieurs propositions.
De mon côté, je connaissais la méthode Cartorisk® de Sham que j’avais trouvée très intéressante et j’ai appuyé le choix. L’analyse des risques à la lumière du processus de prise en charge me paraissaient en effet refléter parfaitement la réalité de terrain. Nous n’avons pas regretté ce choix !

14 établissements de santé ont participé à la démarche de cartographie des risques. Comment avez-vous organisé un projet pour autant d’établissements ?

Effectivement, c’était un vrai challenge : au-delà de la méthode, il fallait trouver un calendrier commun et être certains que tous les établissements qui s’engageaient iraient jusqu’au bout.
Il fallait par ailleurs identifier des thématiques qui intéresseraient tout le monde. Je dois dire que sur l’ensemble de l’organisation, la secrétaire du réseau a fait un travail remarquable. Le planning proposé par Sham était par ailleurs très structurant.

Qui a bénéficié de cet accompagnement ?

Nous souhaitions que, dans la mesure du possible, chaque établissement ait un représentant des équipes médico-soignantes, des équipes de direction, et des équipes qualité et gestion des risques. En effet, la cartographie des risques a pour objet d’identifier les risques, de les prioriser, et de proposer des actions d’amélioration. Mais si la direction des établissements n’est pas partie au projet, les leviers de mise en place sont faibles, voire inexistants.
Cette pluridisciplinarité a mobilisé du monde bien sûr, mais elle est très positive et très enrichissante pour tous.

En pratique, comment l’accompagnement de Sham s’est-il organisé ?

Nous avons démarré par une formation méthodologique de deux jours, avec bien sûr de nombreux exercices pratiques pour comprendre les mécanismes d’analyse de processus, d’identification et d’évaluation des risques.
Nous avons ensuite séparé le groupe en 5 équipes pour travailler sur 5 processus différents (1). Pour chaque processus, nous nous sommes rencontrés à hauteur de 4 demi-journées. Nous avons enfin réuni l’ensemble du groupe pour une restitution globale et commune, chaque groupe venant présenter son travail.
En moins de deux mois (du 2 mars au 25 avril 2012), nous avons « bouclé » 5 cartographies des risques !
Des plans d’actions sont en cours de mise en place. Chaque établissement va s’approprier les résultats et les ajuster à sa situation précise. Nous avons prévu un suivi pour voir comment chaque équipe s’est approprié la cartographie. Nous aurons une action coordonnée pour les actions communes.
Nous allons par ailleurs réutiliser Cartorisk® pour d’autres thématiques.

Quels enseignements en avez-vous tirés ?

Le principal atout de la démarche résulte de la pluridisciplinarité que nous avons mise en œuvre. Indéniablement, l’expérience a renforcé la culture « Gestion des risques et sécurité des soins », car nous avons touché un nombre de personnes important. L’idée était d’intensifier, d’élargir l’impact de nos démarches. Il en ressort qu’il y a une meilleure acculturation s’il y a pluridisciplinarité. Cela créé des débats que l’on n’a pas le temps d’avoir dans un seul établissement ; et surtout, les débats portent sur la vie concrète des équipes. On va au cœur des difficultés.

En conclusion

Cette formation a été un enrichissement pour tous les participants, pour chaque établissement, et pour le réseau lui-même. Elle a nécessité un investissement en temps et en ressources, mais les résultats sont à la hauteur des attentes. Jamais un établissement n’aurait pu mener seul 5 cartographies des risques en si peu de temps.

La meilleure conclusion provient des résultats de notre enquête de satisfaction :
- 80% renouvelleraient l’expérience
- 75% plébiscitent la pluridisciplinarité (médico-soignants, GDR et direction)
- Une grande majorité souhaite maintenir un dispositif d’accompagnement inter-établissements

A recommander, donc !

Propos recueillis par Sophie GARCELON – Pôle Services, Sham
26 juin 2012

(1) Prise en charge aux urgences et SMUR ; Prise en charge en USSR ; Prise en charge en USLD / EHPAD ; Accueil / Admission ; Prise en charge au bloc opératoire