Cartographie des risques en Chirurgie programmée au CHRU de BREST

Docteur Catherine Le ROUZIC-DARTOY, Chirurgien au CHU de BREST. Les réunions s’enchainaient à un rythme très serré, avec une échéance très courte : 2 mois pour réaliser notre cartographie des risques du Processus de chirurgie !

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SHAM Prévention : Vous avez réalisé une cartographie des risques de « la prise en charge du patient chirurgical programmé » au CHRU de BREST avec la méthode CartoRisk proposée par SHAM. Dans quel cadre se situait cette démarche ?

C’était le choix de la direction de la Qualité du CHRU de Brest d’entamer une cartographie des risques, avec une formation-action des professionnels de terrain. La Direction de la qualité a sollicité une quinzaine de personnes, de profils très variés : des cadres de santé, des médecins, des biologistes, mais aussi des personnels administratifs, des logisticiens … L’établissement a la volonté de travailler sur l’ensemble des activités.

SHAM Prévention : Quelles ont été les raisons qui vous ont motivées à faire ce travail ?

Outre mon activité médicale, je suis Référente-Qualité du pôle mère-enfant (FME) et Expert de l’Organisme d’Accréditation médicale du Collège National de Chirurgie de l’Entant ; bref, j’évolue dans l’univers de la gestion des risques. J’étais très intéressée par la démarche de cartographie des risques menée dans mon établissement, et, en tant que chirurgien, tout particulièrement en ce qui concerne la chirurgie.

SHAM Prévention : En pratique, comment s’est déroulé le travail d’analyse de risques a priori du processus « Prise en charge du patient en Chirurgie ? »

Nous avons démarré par trois journées de formation à la méthodologie, avec des exercices pratiques ; puis, très vite, nous avons enclenché la mise en pratique, sur un timing très incitatif !

Nous avions des rendez-vous réguliers avez un consultant SHAM pour franchir chaque étape de la cartographie : description du processus, identification et évaluation des risques, définition des actions à mettre en œuvre pour impacter sur les risques les plus forts … Les réunions s’enchainaient à un rythme serré, avec une échéance très courte : 2 mois pour réaliser notre cartographie des risques du Processus de chirurgie ! D’une semaine sur l’autre, il nous fallait travailler en interne, de manière à pouvoir présenter nos travaux.

Nous étions cinq à travailler sur ce sujet : des professionnels du domaine (1 cadre IBODE, 1 cadre IADE, 1 chirurgien), mais aussi des professionnels d’autres secteurs (1 médecin d’hémo-vigilance, 1 directeur des soins du bureau qualité et IADE de formation). Nous étions donc représentatifs des équipes du bloc (anesthésie et chirurgie), et une personne plus extérieure « jouait le rôle » du Candide. Cette pluri-disciplinarité est primordiale ; elle nous a permis de ne rien oublier et de recueillir des éclairages multiples. Chacun a apporté son expertise. Si je devais retenir une leçon de ce travail, c’est la nécessité d’impliquer des professionnels variés, sans bien sûr tomber dans l’excès en nombre, ce qui deviendrait ingérable.

SHAM Prévention : Pouvez-vous nous citer quelques actions concrètes que vous avez déjà mises en place

Bien sûr ! Deux exemples :

Nous avons établi une « Check-list pour intervention programmée», qui recense tout ce qui est nécessaire à l’arrivée au bloc du patient. L’objectif étant qu’aucun patient n’arrive au bloc sans que lui-même et son dossier n’aient été vus sous tous les angles. Cela va de la vérification croisée de l’identité du patient à la présence des dossiers radiologique et transfusionnel, en passant par la traçabilité de la visite pré-anesthésique, vérification de l’heure de jeûne …. En quelques lignes, la prise en charge du patient et de son dossier fait l’objet d’une vérification complète avant l’entrée au bloc.

Nous sommes actuellement en phase test : nous avons demandé à chacun des 10 secteurs chirurgicaux de compléter quinze fiches, sur une période de 3 semaines. Nous ferons la synthèse cet été, puis ferons évoluer cette check list en fonction des retours d’expériences. L’objectif est d’aboutir à une fiche institutionnelle à l’automne.

Autre exemple concret : une liste actualisée des numéros d’appel d’urgence (PC sécurité, code d’accès à la banque de sang, Bip..), fixée à côté de chaque téléphone dans les blocs. Cette liste existait, mais était raturée, modifiée et variait d’un bloc à l’autre… Elle sera finalisée fin juin.

D’autres actions nécessiteront une mise en œuvre plus lourde.

SHAM Prévention : Quelles sont les prochaines étapes ?

Nous avons présenté nos travaux lors de la journée Qualité du CHRU ; nous allons j’espère les présenter à la CME, en charge de la Qualité et de la Gestion des risques. Nous souhaitons également les présenter aux conseils de pôles des différents secteurs (anesthésie, chirurgie, FME…).

La communication est bien enclenchée, mais nous gardons une interrogation sur la mise en place des recommandations. Grâce à ce travail, nous avons identifié de très nombreuses actions à réaliser pour diminuer les risques, ce qui signifie qu’il reste beaucoup à faire ! La barre est haute ! A notre niveau, nous avons déjà initié certaines actions mais nous avons besoin d’aide de l’institution ; ne serait-ce que pour la check-list que j’évoquais tout à l’heure : nous aurons une fiche à l’automne ; mais encore faudra-t-il la diffuser, former les équipes, contrôler son utilisation, et … tout simplement l’imprimer ! Nous comptons beaucoup sur la direction de l’établissement pour nous aider dans cette démarche!

SHAM Prévention : N’est-ce pas une démarche trop chronophage ?

Bien sûr que cela prend du temps ! Et de l’énergie ! Mais cela vaut vraiment la peine ; nous avons pu avoir une réflexion au fur et à mesure, et ne rien oublier ; nous avons maintenant des propositions concrètes et structurées pour améliorer la gestion des risques en chirurgie.

Le rythme très soutenu nous a mis sous pression, mais finalement, ce n’était pas si mal, car en 6 mois, je suis persuadée que nous n’aurions pas fait mieux ; au contraire, nous nous serions essoufflés !

SHAM Prévention : Au final, que retirez-vous de cette expérience ?

Honnêtement, je pense qu’on a fait quelque chose de détaillé, de précis ; c’était vraiment très intéressant et cela va nous permettre de véritablement progresser dans la gestion des risques. Maintenant, la grande question, c’est de savoir ce que vont devenir nos recommandations destinées à prévenir les risques que nous avons identifiés. Si c’est pour rester dans un tiroir, cela n’a aucun intérêt !

Sophie GARCELON
13/07/2010

Voir aussi :
Analyse des risques a priori dans les établissements : par quoi commencer ?

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