Informatique hospitalière et productivité

Une étude de la Harvard Medical School a récemment été publiée sur le site internet de l'American Journal of Medicine. Cette étude nationale portant sur 4000 établissements hospitaliers des Etats-Unis montre que l'utilisation de l'informatique dans les hôpitaux n'engendre pas d'économies et n'améliore pas non plus l'efficacité administrative. Des résultats qui peuvent laisser à réfléchir sur l'emploi des nouvelles technologies de l'information dans les activités de soins.

L'équipe de Harvard (David U. Himmelstein, MD, Adam Wright, PhD, Steffie Woolhandler, MD, MPH) publie les résultats de leur travail d'étude statistique à un moment stratégique pour les Etats-Unis. En effet, la politique du Président Obama, très enthousiaste pour le développement des technologies informatiques, s'apprête à investir 19 milliards de dollars dans un vaste plan de dossier patient électronique. Le ministère de la santé américain argumente que l'usage massif de l'informatique améliorera la qualité des soins, préviendra les risques d'erreurs médicales, réduira le coût des soins, permettra d'accroître l'efficacité administrative, de diminuer la paperasserie, et d'élargir l'accès aux soins.

Un investissement non rentable ?
Un des constats de cette étude, basée sur des données allant de 2003 à 2008, est que la grande majorité des systèmes informatiques installés sont conçus pour les administratifs plutôt que pour les personnels médicaux et paramédicaux. Par ailleurs, aucune preuve n'a permis de mettre en évidence de réelles réductions de coûts sur l'ensemble des données analysées. Même le groupe restreint d'hôpitaux à la pointe de l'informatisation n'a pu montrer un avantage en termes de coût ou d'efficacité. L'analyse montre au contraire, que sur du court terme (< 5 ans), l'informatisation augmente la part de coûts administratifs.

Quel impact sur la qualité des soins ?
Les données analysées montrent que l'informatisation permet une légère amélioration des indicateurs qualité suivis par les établissements. Les avantages de l'informatisation sur la qualité restent modestes et difficiles à interpréter. En fait, les scores reflètent plus la qualité des processus de soins que des résultats obtenus (par exemple, en facilitant l'accès à la documentation).

Certains systèmes d'aide à la décision ont amélioré la performance des praticiens, mais leur impact sur les résultats chez les patients demeure incertain. En conclusion de cette étude, telles qu'elles sont actuellement mises en œuvre aux Etats-Unis, les technologies de l'information de santé ont un impact modeste sur les processus de qualité, mais n'ont aucun impact sur l'efficacité administrative ou le coût global. Les prévisions de réduction des coûts et d'amélioration de l'efficacité par l'adoption généralisée de l'informatisation sont, tout au mieux, prématurées.

En France, qu'en est-il ?
Quand bien même cette étude peut nous surprendre, il serait imprudent d'appliquer ses résultats à notre système français, très différent du système américain.

En septembre 2008 se sont tenues à Paris les rencontres de l'informatique de santé. Présenté comme l’un des trois piliers du plan hôpital 2012, le déploiement de Systèmes d’Information

Hospitaliers (SIH) est l’une des conditions essentielles à la modernisation des établissements hospitaliers. C’est dans ce cadre, qu’un ambitieux plan d’investissements a été voulu par le gouvernement afin, prioritairement, d’accélérer l’informatisation du processus de soin. Cependant, les professionnels concernés, qu’ils soient du secteur de la santé ou de celui de l’informatique, savent que la volonté politique et l’argent sont des conditions nécessaires, mais loin d’être suffisantes, pour relever ce qui s’avère être un véritable défi, dans un monde où la complexité est la règle et où la vie humaine est en jeu. Selon Annie Podeur (DHOS), "Actuellement moins d’un établissement sur cinq dispose d’un système d’information capable de donner des réponses significatives aux multiples fonctions de la production de soins : l’accès à un DMP, la prescription des médicaments, les examens de laboratoire, l’imagerie médicale, le circuit du médicament."

David Fritsch
Ingénieur Risques médicaux

18/01/2010

Lien direct vers l'étude de la Harvard Medical School : http://www.amjmed.com/webfiles/images/journals/ajm/AJM10662S200.pdf
Le site de la MAINH (Mission Nationale d'Appui à l'Investissement Hospitalier) : http://www.mainh.sante.gouv.fr/
Le site du GMSIH (Groupement pour la Modernisation du Système d'Information Hospitalier) : http://www.gmsih.fr/
Le site de l'ANAP (Agence nationale d’appui à la performance des établissements de santé et médico-sociaux) : http://www.anap.fr/

Le saviez-vous ?

Pendant combien de temps un dossier patient doit-il être conservé :